Si l’on mesurait la rotation de vos deux épaules, on trouverait presque certainement une différence. Votre épaule dominante (celle du service, du smash, du coup droit) tourne davantage vers l’extérieur et moins vers l’intérieur que l’autre. C’est ce constat qui se cache derrière deux sigles que vous avez peut-être entendus en consultation : le GIRD et le TROM.
Bonne nouvelle d’emblée : cette asymétrie est, le plus souvent, parfaitement normale. La vraie question n’est pas « mon épaule est-elle asymétrique ? », mais « cette asymétrie est-elle du bon type ? ». Voici comment faire la différence.
Ce que veulent dire GIRD et TROM
Le GIRD (Glenohumeral Internal Rotation Deficit), ou déficit de rotation interne gléno-humérale, décrit une simple observation : votre épaule dominante manque de rotation vers l’intérieur par rapport à l’épaule non dominante. Bras placé à 90° sur le côté, on mesure jusqu’où la main peut descendre vers l’arrière. Sur l’épaule qui sert depuis des années, cette rotation interne est souvent réduite.
Le TROM (Total Rotational Motion), ou arc de rotation total, est l’addition de la rotation externe et de la rotation interne d’une même épaule. C’est le chiffre qui change tout. Car une épaule peut avoir perdu de la rotation interne tout en ayant gagné autant de rotation externe. Dans ce cas, l’arc total reste identique des deux côtés : le stock de mobilité n’a pas diminué, il a simplement pivoté.
Retenez cette image : le GIRD regarde une seule direction, le TROM regarde le total. Et c’est le total qui compte.
L’asymétrie « normale » : une adaptation, pas une pathologie
Chez le sportif de raquette, l’os du bras lui-même s’adapte aux contraintes répétées de la croissance et de l’entraînement : c’est ce qu’on appelle la rétrotorsion humérale. Concrètement, l’humérus se « visse » légèrement, ce qui décale l’arc de rotation vers l’extérieur. Vous perdez un peu de rotation interne, vous gagnez de la rotation externe, celle qui vous permet justement d’armer le bras pour servir fort.
Cette adaptation est osseuse, ancienne et protectrice. Elle ne se corrige pas, et surtout elle ne doit pas se corriger : vouloir « rattraper » à tout prix la rotation interne d’une épaule adaptée par des étirements agressifs peut faire plus de mal que de bien. La signature de cette asymétrie saine : le TROM est symétrique entre les deux épaules (à quelques degrés près).
Quand l’asymétrie devient un facteur de risque
Le problème n’est pas le GIRD en lui-même. C’est le GIRD associé à une perte d’arc total. Autrement dit, une épaule qui a perdu de la rotation interne sans compenser par de la rotation externe : son TROM est plus faible que celui de l’épaule saine.
Cette perte-là ne vient plus de l’os, mais des tissus mous : raideur de la capsule postérieure, tension des muscles postérieurs de la coiffe et de l’omoplate. C’est une adaptation « molle » qui, elle, se modifie, et qui est associée à un risque plus élevé de conflit interne, de lésions du bourrelet (SLAP) et de douleurs de la coiffe chez le joueur de raquette.
À titre indicatif, on commence à s’inquiéter quand la perte de rotation interne dépasse une vingtaine de degrés et s’accompagne d’un arc total nettement réduit du côté dominant. C’est cette combinaison, et non un chiffre isolé, qui fait basculer une adaptation banale vers un signal à surveiller.
Un dernier point utile : la mobilité de l’épaule se dégrade aussi avec la fatigue. Au fil d’un match, la rotation interne et l’arc total de l’épaule de service diminuent. Une épaule déjà « juste » au repos devient donc particulièrement exposée en fin de partie ou de tournoi.
Ce que la kiné mesure, et ce qu’elle décide
Tout commence par une mesure comparative des deux épaules : rotation interne, rotation externe, et surtout calcul du TROM de chaque côté. Sans ces chiffres, impossible de distinguer l’asymétrie saine de l’asymétrie à risque, et donc de savoir s’il faut agir ou, au contraire, s’abstenir.
La décision découle directement du bilan :
Si le TROM est symétrique (asymétrie osseuse, adaptative) : on ne « traite » pas le GIRD. On surveille, on entretient la force et le contrôle, et on laisse cette adaptation faire son travail protecteur. Chercher à l’étirer serait une erreur.
Si le TROM est réduit du côté dominant (raideur des tissus postérieurs) : là, un travail ciblé a du sens. Mobilité de la capsule et des muscles postérieurs, restauration progressive de l’arc total, renforcement du contrôle scapulaire. L’objectif n’est pas d’égaliser à tout prix la rotation interne, mais de récupérer l’arc total et de sécuriser la mécanique du geste.
Dans les deux cas, le suivi repose sur des critères mesurés et objectivés, pas sur une impression. C’est ce qui permet de savoir si l’on avance vraiment.
Quand consulter ?
Si vous ressentez une gêne ou une douleur au fond de l’épaule lors de l’armé du service, une baisse de puissance, ou une sensation d’accrochage en position bras armé, un bilan de mobilité comparative est justifié. Il ne s’agit pas de traquer une asymétrie (elle est normale) mais de vérifier qu’elle est du bon type, avant qu’une raideur silencieuse ne se transforme en blessure.
Vous jouez au tennis ou au padel et vous sentez une épaule « qui ne tourne plus comme avant » ? Nous mesurons précisément votre GIRD et votre TROM, comparons vos deux épaules, et n’intervenons que si les chiffres le justifient.
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Hippolyte Verdonck
Masseur-kinésithérapeute DE, spécialiste kiné du sport, LCA et épaule
Il a obtenu un DIU en kinésithérapie du sport à l'Université Rennes 1, complété par un diplôme de préparateur physique (SSCS Training).
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