En bref
- ●La coiffe des rotateurs stabilise l’épaule ; au tennis, elle subit des contraintes extrêmes lors du service et du smash.
- ●Le conflit sous-acromial et la tendinopathie de la coiffe sont les deux causes les plus fréquentes de douleur chez le joueur de raquette.
- ●Un tendon désorganisé a besoin de charge progressive, pas de repos indéfini.
- ●Le travail de force en position overhead est l’étape clé que la plupart des rééducations oublient.
- ●La kinésithérapie bien conduite obtient des résultats comparables à la chirurgie pour la majorité des conflits et tendinopathies de la coiffe.
Vous jouez au tennis ou au padel deux à trois fois par semaine depuis des années. Et depuis quelques semaines, parfois quelques mois, vous ressentez une douleur à l’épaule qui revient à chaque service, à chaque smash, parfois même la nuit. Vous avez peut-être vu un médecin qui a évoqué la coiffe des rotateurs. Vous vous demandez si vous allez devoir vous faire opérer.
La bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, la réponse est non. Voici ce qui se passe vraiment, et ce que la kinésithérapie peut faire concrètement, y compris un aspect souvent absent des rééducations classiques : le travail de force au-dessus de la tête.
Comment fonctionne l’épaule du sportif de raquette ?
L’épaule est l’articulation la plus mobile du corps humain. Cette mobilité exceptionnelle a un coût : une relative instabilité, compensée par un système musculaire très sophistiqué, la coiffe des rotateurs. Ce groupe de quatre muscles (sus-épineux, sous-épineux, petit rond et sous-scapulaire) entoure la tête humérale et assure à la fois la stabilité et la mobilité de l’articulation.
Au tennis et au padel, ces muscles sont soumis à des contraintes considérables, notamment lors des gestes de service et de smash. La phase d’armé du bras en rotation externe maximale, suivie d’une accélération brutale vers l’avant : c’est mécaniquement l’une des sollicitations les plus intenses que peut subir une épaule. Retenez ce point : votre sport est, par nature, une activité en position haute et sous charge rapide. Il est logique que votre rééducation finisse par ressembler à cette contrainte.
Quelles sont les causes les plus fréquentes de douleur chez le joueur de raquette ?
Le conflit sous-acromial est la cause la plus courante. Il se produit lorsque les tendons de la coiffe, et particulièrement le tendon du sus-épineux, se retrouvent pincés entre la tête de l’humérus et l’acromion (un prolongement osseux de l’omoplate) lors des mouvements du bras au-dessus de la tête. La douleur est typiquement ressentie en arc, entre 60° et 120° d’élévation du bras.
La tendinopathie de la coiffe est souvent associée au conflit. Il s’agit d’une dégénérescence progressive des tendons, liée à une surcharge mécanique répétée sans récupération suffisante. Contrairement à ce qu’on entend souvent, ce n’est pas une inflammation : c’est une désorganisation de la structure du tendon. Ce détail change fondamentalement le traitement : un tendon désorganisé a besoin d’être rechargé progressivement, pas mis au repos indéfiniment.
L’instabilité gléno-humérale est plus fréquente chez les jeunes joueurs avec une grande laxité ligamentaire. L’épaule ne tient pas parfaitement en place lors des gestes violents, ce qui génère des micro-traumatismes répétés.
Que fait concrètement la kinésithérapie ?
La première étape est un bilan complet : analyse de la mobilité, des forces musculaires (idéalement chiffrées au dynamomètre), de la posture scapulaire, de la mécanique du geste sportif. Sans ce bilan, on traite des symptômes plutôt que des causes, et on ne dispose d’aucune mesure de départ pour objectiver les progrès.
Les trois axes du traitement
- ●Renforcement ciblé de la coiffe : restaurer l’équilibre entre les différents muscles de l’épaule et améliorer le centrage de la tête humérale. Un travail progressif, en charge, qui se distingue des simples étirements passifs souvent prescrits à tort.
- ●Travail scapulaire : l’omoplate joue un rôle de plateforme pour tous les mouvements du bras. Une omoplate mal contrôlée (dyskinésie scapulaire) modifie la mécanique de l’épaule et entretient le conflit.
- ●Analyse et correction du geste technique : un service avec trop de rotation interne forcée, un grip trop serré, une position de départ incorrecte. Ces détails ont un impact réel sur la santé de l’épaule.
Le renforcement de base de la coiffe n’est qu’un point de départ. Il ne prépare pas encore l’épaule à ce que vous lui demandez sur le court. C’est là qu’intervient le travail en overhead.
Pourquoi le travail de force en overhead change-t-il tout ?
C’est l’étape que beaucoup de rééducations oublient, et souvent la raison pour laquelle une épaule « soignée » redevient douloureuse dès la reprise du service.
Pendant des années, le réflexe a été d’éviter la position au-dessus de la tête, considérée comme la zone qui déclenche la douleur. Le problème est évident : votre sport se joue précisément dans cette zone. Une épaule renforcée uniquement bras le long du corps, puis renvoyée servir à pleine vitesse, n’a jamais été préparée à la contrainte réelle. Le geste redevient alors le premier moment de charge en position haute, au pire moment possible.
L’approche actuelle inverse cette logique : on réexpose progressivement l’épaule à la charge en élévation, jusqu’à ce qu’elle tolère et même dépasse les contraintes du service.
Progression type du travail en overhead
- ●Isométrie en position accessible : contractions maintenues à un degré d’élévation supportable, pour recharger le tendon sans réveiller les symptômes.
- ●Charge en élévation contrôlée : développé militaire haltère ou kettlebell, développé unilatéral, portés bras tendu overhead (overhead carries).
- ●Charge dynamique et balistique : push press, lancers de medecine-ball au-dessus de la tête, gestes pliométriques du membre supérieur.
- ●Réintégration du geste sportif : service et smash reconstruits par étapes, en dosant volume et intensité, jusqu’au retour à l’entraînement complet.
Le fil conducteur de toute cette progression n’est pas le calendrier, mais des critères objectifs : la force mesurée au dynamomètre, la symétrie entre le côté douloureux et le côté sain, et surtout la réaction des symptômes dans les 24 heures qui suivent la séance. Tant qu’une charge est bien tolérée à 24 h, on avance. C’est cette objectivation, et non l’évitement de la douleur, qui sécurise le retour au tennis.
Opération ou kiné : que dit la science ?
Les données actuelles sont claires : pour la grande majorité des conflits sous-acromials et des tendinopathies de la coiffe, la kinésithérapie bien conduite obtient des résultats comparables à la chirurgie, sans les risques et le temps de récupération associés.
« Bien conduite » signifie une rééducation qui va jusqu’à la charge en position haute, et pas seulement quelques exercices de coiffe en dessous de l’épaule. La chirurgie reste indiquée dans certains cas précis (rupture complète de la coiffe, échec d’un traitement conservateur réellement mené jusqu’au bout), mais elle n’est jamais la première étape.
Quand faut-il consulter ?
Si votre douleur d’épaule dure depuis plus de 4 semaines, perturbe votre sommeil, ou vous empêche de pratiquer normalement votre sport, n’attendez pas. Plus une tendinopathie évolue sans prise en charge adaptée, plus la structure du tendon se détériore, et plus la rééducation sera longue.
Vous souffrez de l’épaule depuis plusieurs semaines ? Consultez notre équipe pour un bilan complet, chiffré au dynamomètre, et un programme de rééducation qui vous ramène jusqu’à la charge en overhead, la seule qui prépare réellement votre service.
Notre accompagnement
Nos kinésithérapeutes du sport vous accompagnent tout au long de votre rééducation à Levallois-Perret.
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Clément Oudart
Masseur-kinésithérapeute
Après un DIU de kinésithérapie du sport à l'INSEP, il obtient son certificat COMT en Thérapie manuelle orthopédique avec Manual Concepts en Australie. Il se forme ensuite auprès de références internationales : Jill Cook et Peter Malliaras pour les tendinopathies (Achille, rotulienne, ischio-jambiers), Peter O'Sullivan pour les douleurs persistantes et la gestion cognitive fonctionnelle.
Questions fréquentes
Cela dépend de l'intensité de la douleur et du diagnostic. Dans certains cas, on adapte le volume et l'intensité du jeu pendant la rééducation. Dans d'autres, un arrêt temporaire du service et du smash est nécessaire, tout en poursuivant le jeu en fond de court. Votre kinésithérapeute ajuste la charge semaine après semaine selon la réaction des symptômes.
Une tendinopathie de la coiffe récente répond généralement en 8 à 12 semaines de travail régulier. Une atteinte plus ancienne peut nécessiter 4 à 6 mois, notamment pour le travail de force en overhead qui prépare le retour au service. La progression repose sur des critères objectifs, pas sur un calendrier fixe.
Non. Les données scientifiques montrent que la kinésithérapie bien conduite obtient des résultats comparables à la chirurgie pour la majorité des conflits sous-acromials et des tendinopathies de la coiffe. La chirurgie reste indiquée en cas de rupture complète ou d'échec d'un traitement conservateur réellement mené jusqu'au bout.
Le travail en overhead consiste à renforcer l'épaule en position bras au-dessus de la tête, celle du service et du smash. Une rééducation qui se limite au renforcement bras le long du corps ne prépare pas l'épaule à la contrainte réelle du tennis. La progression passe par l'isométrie, la charge contrôlée, puis le travail dynamique avant la réintégration du geste sportif.
Un bilan kinésithérapique complet permet de le déterminer : tests de mobilité, mesure des forces au dynamomètre, analyse de la posture scapulaire et du geste sportif. La douleur en arc (entre 60° et 120° d'élévation du bras) est un signe évocateur de conflit sous-acromial. Votre médecin peut compléter par une imagerie si nécessaire.


