En bref
- ●Avant tout geste, vérifie qu'il ne s'agit pas d'une fracture (les signaux d'alerte sont listés plus bas).
- ●Le protocole de référence actuel se découpe en deux temps : PEACE dans les tout premiers jours, puis LOVE dans la phase suivante.
- ●La glace et les anti-inflammatoires systématiques ne sont plus recommandés en première intention : ils freinent la cicatrisation naturelle plutôt qu'ils ne l'accélèrent.
- ●Le repos strict et prolongé est une fausse bonne idée : mieux vaut une mise en charge progressive et sans douleur.
- ●Consulte un(e) kinésithérapeute entre 48 et 72 heures après le traumatisme, pas après trois semaines d'attente.
Un mauvais appui, une réception ratée, un trottoir mal négocié... et vous voilà au sol, la cheville qui gonfle à vue d'oeil. Ce que vous faites dans les jours qui suivent n'est pas un détail : ça conditionne directement votre récupération et le risque de récidive.
Pendant longtemps, on t'aurait parlé du protocole RICE, puis PRICE. Aujourd'hui, la référence a changé de nom : place au PEACE & LOVE. On t'explique pourquoi, et surtout comment l'appliquer concrètement.
Comment savoir si c'est grave ?
Avant toute chose, prends trente secondes pour évaluer la situation. Certains signes doivent t'envoyer directement aux urgences plutôt que vers un protocole maison.
Signaux d'alerte : direction les urgences
- ●Impossible de poser le pied au sol (pas juste douloureux : vraiment impossible).
- ●Douleur localisée sur un os plutôt que sur un ligament (malléole, base du 5e métatarse).
- ●Déformation visible de la cheville.
- ●Craquement osseux au moment de la chute (différent d'un claquement ligamentaire).
Les Règles d'Ottawa, utilisées en médecine d'urgence, permettent justement de trancher rapidement si une radio s'impose. Si l'un de ces signaux est présent, ne force rien : direction les urgences pour éliminer une fracture.
Qu'est-ce que le protocole PEACE & LOVE ?
PEACE & LOVE est le protocole qui a progressivement remplacé le RICE, puis le PRICE, dans la prise en charge des entorses et blessures des tissus mous. La différence n'est pas cosmétique : les données récentes montrent que la glace et les anti-inflammatoires, censés « calmer » l'inflammation, peuvent en réalité ralentir la cicatrisation naturelle des tissus.
Deux temps, deux logiques
- ●PEACE, dans les tout premiers jours (phase aiguë) : Protection, Élévation, éviter les Anti-inflammatoires, Compression, Éducation.
- ●LOVE, une fois la phase aiguë passée (phase subaiguë) : Load, Optimisme, Vascularisation, Exercices.
PEACE : que faire dans les tout premiers jours ?
Premier réflexe, avant tout le reste : comprimez votre cheville. N'attendez pas d'avoir une bande sous la main pour agir. Une chaussette roulée en boule calée autour de la malléole dans votre chaussure suffit en attendant mieux. Plus vous comprimez tôt, moins votre cheville gonflera, et plus votre récupération sera rapide.
Protection : cessez toute activité qui provoque la douleur. Sur un terrain de sport, arrêtez-vous immédiatement. Une attelle semi-rigide ou des béquilles peuvent vous aider à limiter la mise en charge douloureuse dans les tout premiers jours. L'idée n'est pas d'immobiliser totalement la cheville, mais de la protéger le temps que la douleur guide naturellement vos mouvements. Cette phase de protection stricte dure rarement plus de 1 à 3 jours.
Élévation : surélève la cheville le plus haut possible, idéalement au-dessus du niveau du coeur. Jambe posée sur un coussin ou une chaise en position allongée, pied plus haut que les hanches : cette position favorise le retour veineux et lymphatique, et limite l'accumulation de liquide dans les tissus.
Anti-inflammatoires à éviter : c'est le changement le plus contre-intuitif par rapport à ce qu'on t'a peut-être toujours dit. L'inflammation n'est pas un problème à supprimer : c'est une étape normale et nécessaire du processus de cicatrisation. Bloquer cette réponse inflammatoire avec des anti-inflammatoires ou la glace peut nuire à la qualité de la réparation tissulaire. En cas de douleur difficile à supporter, le paracétamol reste une option raisonnable.
Compression : c'est le geste le plus important dans les premières minutes. Comprimez la cheville immédiatement, avant même qu'elle ne gonfle. Si vous avez une bande cohésive (Cohéban), appliquez-la en huit autour de la cheville : suffisamment serrée pour contenir l'oedème, jamais au point de couper la circulation. Si vous n'avez rien sous la main, un réflexe simple : roulez des chaussettes en boule et calez-les autour de la malléole, à l'intérieur de votre chaussure. L'idée est de créer une compression locale le plus vite possible pour limiter le gonflement. Des fourmillements ou un engourdissement dans les orteils ? Desserrez tout de suite.
Éducation : le « E » de PEACE, c'est aussi une invitation à bien vous informer plutôt qu'à courir après tous les examens ou tous les traitements possibles. Votre corps a une capacité naturelle de récupération remarquable : la plupart des entorses guérissent bien sans surinvestigation médicale, sans surmédication, et sans modalités passives inutiles (électrothérapie, ultrasons...).
LOVE : comment reprendre le mouvement ensuite ?
Une fois la phase aiguë passée (généralement après quelques jours), la logique s'inverse : il s'agit maintenant de recharger progressivement les tissus.
Load : reprenez une mise en charge et un mouvement progressifs, guidés par la douleur plutôt que par le calendrier. Tant qu'un mouvement ou un appui ne déclenche pas de douleur significative, vous pouvez le faire. La douleur reste votre meilleur indicateur pour doser l'intensité.
Optimisme : la confiance et un état d'esprit positif sont associés à de meilleurs résultats de récupération. La peur du mouvement (la fameuse kinésiophobie) peut ralentir la guérison. Rester confiant(e) dans la capacité de votre cheville à cicatriser fait partie du traitement.
Vascularisation : des activités cardio-vasculaires sans douleur, adaptées à votre stade de récupération, aident à irriguer les tissus lésés et à augmenter leur métabolisme. Vélo, natation, marche selon la tolérance : l'objectif est de relancer une circulation active dans la zone blessée.
Exercices : le retour à une approche active passe par des exercices ciblés qui favorisent le retour à la normale de la mobilité, de la force et de la proprioception. C'est cette étape qui protège vraiment du risque de récidive, bien plus qu'une cheville « ménagée » indéfiniment.
Les erreurs à ne pas commettre
Réflexes à revoir
- ●Glacer systématiquement et prendre des anti-inflammatoires par automatisme. Ce réflexe, longtemps enseigné, est aujourd'hui remis en question : il peut freiner la cicatrisation naturelle.
- ●Immobiliser totalement et trop longtemps. Une protection stricte au-delà de quelques jours ralentit la reprise et fait fondre le muscle bien plus vite qu'on ne le pense.
- ●Multiplier les examens et les traitements passifs. La surinvestigation médicale et la surmédication n'accélèrent pas la guérison ; elles peuvent même entretenir l'appréhension.
Quand consulter un(e) kinésithérapeute ?
Dès les premières heures, un(e) kinésithérapeute peut intervenir en première intention pour traiter les troubles trophiques initiaux (oedème, hématome, raideur). Idéalement, consulte entre 48 et 72 heures après l'entorse, dès que la phase PEACE s'achève. N'attends pas que la douleur disparaisse d'elle-même : c'est justement à ce moment, au début de la phase LOVE, que l'accompagnement est le plus utile pour bien doser la reprise.
Lors de la première séance, votre kinésithérapeute évalue le grade de l'entorse et les structures lésées, puis construit avec vous une progression adaptée à votre objectif de reprise.
Vous venez de vous faire une entorse ? N'attendez pas trois semaines pour consulter. Une prise en charge précoce, c'est une reprise plus rapide et un risque de récidive nettement réduit.
Notre accompagnement
Nos kinésithérapeutes du sport vous accompagnent tout au long de votre rééducation à Levallois-Perret.
Prendre rendez-vous sur Doctolib →Auteur
Clément Oudart
Masseur-kinésithérapeute
Après un DIU de kinésithérapie du sport à l'INSEP, il obtient son certificat COMT en Thérapie manuelle orthopédique avec Manual Concepts en Australie. Il se forme ensuite auprès de références internationales : Jill Cook et Peter Malliaras pour les tendinopathies (Achille, rotulienne, ischio-jambiers), Peter O'Sullivan pour les douleurs persistantes et la gestion cognitive fonctionnelle.
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Questions fréquentes
Parce que la glace et le repos strict, longtemps mis en avant, ralentissent en réalité le processus naturel de cicatrisation. Le protocole PEACE & LOVE s'appuie sur des données plus récentes qui privilégient une reprise progressive et guidée par la douleur.
Dans les tout premiers jours, oui : elle est déconseillée en première intention, tout comme les anti-inflammatoires. Le paracétamol reste une option raisonnable si la douleur est difficile à supporter.
Généralement 1 à 3 jours, le temps que la douleur aiguë s'atténue. La phase LOVE prend le relais ensuite, avec une reprise progressive du mouvement.
Non, pas dans les premiers jours : le massage peut aggraver le saignement interne. Il retrouve tout son intérêt plus tard, dans le cadre de la rééducation encadrée par un(e) kinésithérapeute.


